Still Standing
Trois sculptures en verre. Trois manières de contraindre le vivant.
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Une question de contrainte
Still Standing rassemble trois sculptures en verre construites à partir d'un rapport direct entre matière chauffée, socle minéral réel et geste de contrainte. La série interroge moins le végétal en lui-même que les formes d'action qu'on exerce sur lui.
Chaque œuvre correspond à un régime distinct : l'arrachement, l'abandon, la maîtrise. D'une pièce à l'autre, la violence change de forme. Elle peut être frontale, silencieuse, ou devenir presque invisible lorsqu'elle produit de l'ordre, de l'équilibre, de la beauté.
Quand le vivant surgit d'un milieu rendu stérile.
Quand il subsiste sans être choisi, soigné ou regardé.
Quand il est discipliné jusqu'à devenir conforme à une forme attendue.
Quand le sol ne nourrit plus
Surgo prend appui sur un fragment d'asphalte marseillais. Le socle n'est pas symbolique : c'est un morceau réel d'infrastructure, un sol recouvert, durci, rendu impropre à toute croissance.
La forme végétale s'y dresse pourtant. Penchée, instable, presque sans feuillage, elle ne traduit ni l'épanouissement ni l'harmonie. Elle surgit malgré un milieu qui la nie.
Ici, la violence est frontale. Le vivant est étouffé par le support même sur lequel il devrait prendre appui. Les fissures, les déséquilibres et la tension du verre prolongent cette lutte jusque dans la matière.
Quand on détourne le regard
Cérasus repose sur un socle de béton brut et de calcaire fragmenté. Le sol n'est pas entièrement mort, mais il est appauvri, contaminé, relégué.
Le végétal se tient droit, mais sans pleine stabilité. Certaines branches semblent encore libres, d'autres paraissent déjà infléchies. Il aurait pu devenir un bonsaï. Il ne l'est pas devenu.
Ici, la violence n'est plus spectaculaire. Elle agit par non-considération. Rien n'est arraché, rien n'est véritablement soigné. Le vivant continue, mais dans un entre-deux : trop brut pour être valorisé, trop altéré pour prospérer.
Quand tout correspond
Kōshi s'élève sur un socle de calcaire naturel, plus riche, plus intact, plus stable. Rien ici ne semble manquer. La forme paraît équilibrée, dense, presque évidente.
Mais cette justesse apparente est le résultat d'une contrainte répétée. Extraction, coupe, ligature, orientation, correction. Année après année, tout ce qui déviait a été redressé, tout ce qui résistait a été réduit.
C'est la forme la plus calme de la série, et peut-être la plus violente. Parce que la contrainte n'y apparaît plus comme destruction, mais comme soin. La beauté devient alors ambiguë : elle n'efface pas la violence, elle la rend acceptable.
Pourquoi le verre
Le verre se travaille sous chaleur et sous tension. Il impose un rapport direct à la limite, à la reprise, à l'équilibre instable. Il garde la trace des gestes, des contraintes et des corrections qui l'ont traversé.
Dans Still Standing, il ne sert pas seulement à donner forme à un végétal. Il rend visible ce que la forme contient déjà : une pression, une orientation, une résistance.
Le verre ne ment pas sur ce qu'il a traversé.
Découvrir la série complète
Le portfolio rassemble les vues de la série, le texte d'exposition et les notes d'intention de l'artiste.